Ma Reine connaît un succès timide mais réel depuis sa sortie en 2017, de très bonnes critiques entrevues par-ci, par là m’ont suggéré qu’il était sans doute mérité. Au vu de ces dernières j’attendais une histoire forte d’amitié et d’enfance. En réalité, je ne sais si je me serais procurée ce livre si je ne l’avais croisé dans ma bibliothèque de village, tout beau tout propre, n’attendant que mes mains pour s’en emparer.

Résumé de l’éditeurMa Reine - Jean-Baptiste Andrea

Vallée de l’Asse. Provence. Été 1965. Il vit dans une station-service avec ses vieux parents. Les voitures qui passent sont rares. Shell ne va plus à l’école. Il est différent. Un jour, il décide de partir. Pour aller à la guerre et prouver qu’il est un homme. Mais sur le plateau qui surplombe la vallée, nulle guerre ne sévit. Seuls se déploient le silence et les odeurs du maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui.

Mon avis

Ma Reine et moi, ce sont deux chemins strictement parallèles et tant éloignés que les deux ne peuvent s’apercevoir. Vous l’aurez compris, je n’ai pas adhéré à ce récit, me sentant aussi étrangère que peut l’être une jeune femme de 2017 d’un gamin de douze ans des années soixante… Encore que, ce serait trop simple si nos âges et époques étaient si opposables. Toujours est-il que j’ai lu l’histoire de Shell avec un détachement assez rare, clignant des yeux de désarroi une fois terminée, me demandant si je l’avais véritablement parcourue. Après presque une semaine, je me félicite d’avoir pris des notes ; sinon j’aurais été bien incapable d’aligner trois phrases sur ce roman tant son souvenir s’est effacé.

Nous suivons le jeune Shell (du nom de son blouson, floqué de la célèbre marque de carburant), élevé dans une station-service aride et perdue, par des parents un peu sauvages et pas tout à fait bienveillants. Shell est bête, son intelligence faible l’empêche d’être scolarisé ; ou plutôt, ses parents ont décidé qu’en étant si stupide il lui serait impossible d’apprendre quoi que ce soit, aussi ils en font leur petit homme à tout faire, le rendant responsable des tâches les plus basses. Shell est un énième imbécile. D’ordinaire je les aime bien ces personnages à côté de la plaque, à la sensibilité naïve, aux idées aussi arrêtées qu’improbables, aux yeux toujours grands ouverts sur un monde qu’ils semblent découvrir chaque jour. J’éprouve facilement de l’empathie pour ces drôles d’énergumènes, attachants et douloureusement asociaux. Mais envers Shell, pauvre Shell, j’ai éprouvé autant de sentiments qu’une coquille d’huître m’en inspire.

Shell rencontre une petite fille, une idiote sans cœur, une peste de cour de récréation, le genre de princesse à couettes et jupe plissée qui sème la terreur sur son monde. C’est cette reine que le titre célèbre. Elle va et vient, malmène le pauvre gosse ébahi d’amour pour cette apparition. Les raisons de ses sombres agissements restent méconnues. Leurs jeux ne m’ont pas amusée. La folie disparaît au profit de la manipulation perverse d’une gamine envers son esclave consentant.

Il y a que je n’aime pas spécialement les récits d’enfance. Je ne m’y retrouve plus, je les juge souvent trop idéalistes, trop merveilleux, faisant de ce bel âge le nid de l’imaginaire et du bonheur. Ici, c’est du déjà-lu, on la connaît tous cette histoire d’un jeune idiot qui se fait avoir. D’autres sont parvenus à m’émouvoir davantage. Je n’ai pas été transportée par des émotions nouvelles, je n’ai rien éprouvé pour le jeune garçon à l’imbécillité mal interprétée et sonnant faux. Je trouve ce texte conformiste, répondant à un besoin actuel de littérature à la première personne d’une part (j’en suis lassée), et d’une littérature de la nostalgie d’autre part (ici l’enfance des années 60). C’est très conventionnel.

Je crois être blasée de ce type de narration, d’un langage parlé mais métaphorique, à grand renfort d’images humoristiques, poétiques, détonnantes, qui s’empilent et se chevauchent sans recherche de style. L’auteur peut faire dire n’importe quoi à son personnage, puisqu’il est établi dès le début qu’il est hors catégorie. Les arbres peuvent bien devenir rouges, la lune être un morceau de fromage. C’est très symptomatique je crois. La première fois, c’est magique, car nouveau, novateur ; les suivantes sont toutes de trop. Une personne bien inspirée a un jour dit, grosso modo, « Le premier homme qui a comparé la femme à une rose était un génie, les suivants des abrutis. » Ici, c’est la même chose. L’auteur n’a pas écrit une histoire, il n’a pas construit de ligne scénaristique pour son personnage. Je vous assure, il n’y a pas d’histoire ; il y a juste un enfant un peu bête qui s’échappe de sa maison pour espérer vivre d’extraordinaires aventures, lesquelles se résument à une rencontre avec un diablotin à jupette. L’auteur se sert de la prétendue stupidité de Shell pour s’étendre en images, dessinant son monde sans entraves, sinon celles de son imagination, pour écrire un roman dans lequel l’histoire passe au second plan. Le lecteur pourra être séduit par ces couleurs, ces jolis ornements qui rendent le texte lisible. Shell est étouffé de toutes parts par sa propre imagination, il n’a rien d’autre à offrir, d’où mon stoïcisme. J’ai trop vu l’auteur derrière ce garçon.

Et puis nous arrivons à cette fin, que j’ai l’impression d’avoir lue cent fois. Toujours la même. On nous raconte un songe, une rêverie, une chute onirique, on laisse le héros là, tout seul, pris à son désarroi. On explique rien. L’auteur ne sachant trop comment clore son histoire appose une narration nébuleuse et insensée, faussement poétique, qui m’a profondément agacée. Cette fin est abrupte comme une crête mais finalement à l’image du reste de la narration : sans objectifs, sans attentes, sans intrigue. Elle ne pouvait être autre puisque aucun chemin directeur n’a été suivi. Aussitôt lu, aussitôt oublié, vous dis-je !

Ma Reine est un roman fade, plat, qui surfe sur un courant trop fréquenté. J’ai été lassée peut-être un peu trop tôt, mais l’audace et l’originalité ne valent qu’une fois. Jean-Baptiste Andrea signe un livre commun et gentil, mais difficilement remarquable. Shell a beau avoir un blouson qui fait sourire, l’assemblage de détails du même genre ne suffit pas à créer une histoire. J’aurais préféré moins d’absurdités matériels et langagières, et plus de loufoqueries dans les péripéties. Je précise que mon avis est particulièrement influencé par mes précédentes lectures. Si j’avais lu ce roman il y a plusieurs mois, peut-être aurais-je eu un regard adouci, plus indulgent, car je ne connaissais pas encore cette nouvelle mode.

Et vous, avez-vous lu ce roman ? 

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