Glacé. Il fallait bien que je le lise un jour, ce roman, à force d’en entendre parler ; et puis il y a eu la série diffusée à la télévision récemment. Non pas que le désir de la regarder soit fulgurant, mais disons qu’elle m’a rappelé qu’il était temps que je me plonge dans le livre éponyme. Un thriller français, un décor blanc et glacial, un hôpital psychiatrique, une série de meurtres ; des ingrédients faciles toujours ultra-efficaces sur moi.

Résumé de l’éditeur

Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d’une journée glaciale de décembre, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d’un cheval, accroché à la falaise. Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée. Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière.

Mon avis

Selon moi, et ma petite expérience, il y a plusieurs catégories de thrillers/policiers. Ceux dont l’atmosphère me laisse un net souvenir, ceux qui se distinguent par un personnage principal mémorable, et ceux dont le final est remarquable. Il n’y a qu’une poignée d’écrivains qui parviennent à réunir les trois.

Dans Glacé je me souviendrai du décor. Bien que l’auteur use et abuse de tout élément caractérisant un paysage montagnard en plein de cœur de l’hiver, il n’est pas évident de laisser le frisson s’installer aussi durablement, sur plus de sept cents pages. Le lecteur n’en sort pas, comme pris dans une tempête de neige qui ne se lèvera qu’une fois le mystère désépaissi.

Bernard Minier mobilise plusieurs images qu’il plante sur sa carte, toutes fortement chargées émotionnellement. Il y a tout d’abord le téléphérique, un ascenseur sans fin vers l’enfer, la centrale désertée qui est toujours en activité à cause du sentimentalisme de son propriétaire, l’hôpital psychiatrique bien sûr, une prison immaculée qui renferme de véritables monstres si l’on en croit les paroles du médecin en chef, un ancien centre de vacances désaffecté, à l’état de ruine, et l’écurie d’un milliardaire, demeure de la première victime, un cheval donc. Autant de lieux où le mal naît, passe ou s’installe durablement. Au milieu des montagnes d’un blanc opaque et féerique, ces structures émergent comme annonciatrices d’une apocalypse dans la région.

Pour l’ambiance, l’auteur a réussi à s’y tenir donc. Pourtant il n’est pas facile de créer une intrigue qui englobe le tout, en maintenant un tissu scénaristique dense et homogène. Comme dans toute enquête, bien vite de nombreuses pistes apparaissent, laissant l’enquêteur Servaz interloqué plus que désemparé. Non, il ne se lamente pas toutes les dix minutes que, décidément, cette enquête s’annonce longue et difficile, il préfère plutôt souligner son étrangeté. Bien que le commandant rassemble une fioriture de caractéristiques pour tout policier qui se respecte dès lors qu’ils vivent entre les pages d’un polar, il possède, lui, l’humilité et la patience. J’ai aimé son côté frileux et pusillanime,  malheureusement laissé à l’abandon par l’auteur qui n’en tire rien de bon.

Ainsi donc, nous avons affaire à une série de meurtres biscornue au côté de laquelle un riche industriel croise la route du plus grand tueur en série suisse, et où des adolescents suicidés une quinzaine d’années plus tôt ressurgissent des mémoires.

Le récit est grandement porté par le fait, aussi simpliste que très courant, de suivre dans le même temps deux enquêtes. L’une rendue publique, celle de Servaz, l’autre beaucoup plus dissimulée, celle de la jeune psychologue Diane, interloquée par les pratiques légèrement brutales et désuètes que l’institution a instauré pour ses patients, d’une trempe bien particulière il est vrai, puisqu’ils sont majoritairement de sanguinaires psychopathes, et surtout par un vent de manigance qui circule dans les sinistres couloirs. Tout au long du texte, et jusqu’aux dernières pages, Servaz et Diane ne se rencontreront pas. Alors, certes, l’hôpital est d’office inclus dans la boucle de l’enquête dès lors que l’ADN de son plus célèbre pensionnaire a été retrouvé sur les lieux du premier meurtre ; mais jusqu’à la fin l’intégralité du réseau de fils le reliant à ce qui se passe plus bas dans la vallée nous est cachée.

Venons-en au dénouement justement. Déjà, reconnaissons du talent à l’auteur pour nous avoir fait tenir jusque-là, sans avoir entassé plus qu’il n’en faut les cadavres et en ne quittant pas d’une semelle ce coin isolé des Pyrénées. La fin, donc, nous apporte le nom du commanditaire, et les explications connexes. Et, à croire que j’étais trop frigorifiée (au sens propre comme au figuré) pour un ultime frisson, je n’ai absolument rien éprouvé et ai vite refermé ce livre, simplement satisfaite d’être au fait de l’identité de l’assassin.

Oui, car, franchement ce final est lourd. Beaucoup de choses sont extraites miraculeusement des archives pour assembler le puzzle de l’histoire. C’est grandiloquent pour pas grand-chose. Et puis, persistent inévitablement des petites plages d’ombre par-ci, par-là, d’obscures incompréhensions, des questionnements qui ne devraient pas exister. Avec une si longue enquête, partant d’un cadavre de cheval ne l’oublions pas, il était forcé que tout ne s’imbriquerait pas à la perfection, alors je ne vais pas m’y attarder.

Enfin, même si, pour ce genre de livres, ceci m’est secondaire, la plume de l’auteur laisse à désirer. C’est très plat, descriptif, sans aucune recherche stylistique ; elle est dénuée d’intérêt. Mais alors, grand Dieu ! comment ai-je fait pour m’imprégner aussi facilement de l’histoire ? Le contexte, les personnages sympathiques, le rythme haletant, le jeu des poupées russes et la maîtrise du suspens sûrement ; il me semble que c’est suffisant.

En conclusion, Glacé est un bon thriller, qui tient ses promesses sur les trois quarts de son contenu, mais je m’arrêterai là avec Bernard Minier. C’était une rencontre aussi brève qu’intense, du genre qui aurait pu aboutir à quelque chose de plus pérenne si le cœur y avait été. Mais j’interprète l’indifférence ressentie dans les dernières pages avec sérieux. Il s’agit plus que d’une simple lassitude après plusieurs longues heures de lecture, elle était trop localisée pour ne pas être imputée au seul fait de l’histoire, et donc de l’auteur.

À mon grand désespoir j’ai tenté de regarder la série… stoppée dans la deuxième demi-heure tant elle fait honte au livre. N’est-il pas possible de réaliser correctement l’adaptation d’un livre ? Je veux dire, on a tout sur le papier, pourquoi vouloir réinventer, remodeler, reconstituer ?

Et vous, avez-vous succombé à la frénésie Glacé ?

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