De Fabrice Humbert, j’ai lu L’origine de la violence, un roman audacieux quoi que ne respectant pas toutes ses promesses. Les années défilant, l’auteur ne m’est que récemment revenu à l’esprit. Voulant découvrir tout autre chose, je me suis lancée tête baissée dans ce nouveau roman. 

Résumé de l’éditeur

Comme tout le monde, je fais partie d’une famille. Celle de deux cousines germains, dont les mariages vont sceller les destins, heureux pour l’une, malheureux pour l’autre, et qui vont participer, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à la création d’une communauté utopique, la Fraternité.

Mon avis

Première impression, plutôt défavorable en ce qui me concerne, il ne s’agit absolument pas d’un roman mais d’un récit familial autobiographique. Comprenez, Fabrice Humbert nous raconte ici l’histoire de ses proches ascendants : grands-parents, parents, oncles, tantes, cousins… Ayant déjà parcouru les branches de sa généalogie dans L’origine de la violence, j’avais suffisamment goûté sa manière de mettre en mots son histoire personnelle. S’attaquer à l’arbre maternel me paraissait un brin prétentieux. Quels sont les écrivains pouvant se permettre de livrer sur deux volumes l’étendue de leurs origines ? Qui peut se targuer d’avoir suffisamment matière à nourrir autant de pages ? L’exercice me semblait un peu forcé, puisque je souhaitais ici connaître le Fabrice Humbert romancier. Dois-je faire une croix dessus ? Je le pense oui, je n’ai à présent nulle envie de lui redonner une chance.

Toujours est-il qu’après avoir visualisé l’arbre généalogique posé en préambule, idée plutôt bonne en l’occurrence, j’étais prête à me laisser une nouvelle fois guider dans les souvenirs et albums photos de l’écrivain.

Aux origines de l’histoire (et non intrigue, attention) il y a deux cousines fusionnelles. L’une fera un mariage heureux et riche, l’autre trébuchera dans son couple en semant au passage quelques enfants. La comparaison avec les Rougon-Macquart est, je l’avoue, la raison même de cette lecture. Or, je découvre qu’elle est non pas créée par des lecteurs enthousiastes, voyant dans ce parallèle moyen de dorer le récit (ce que j’ai cru) mais qu’elle est née de l’esprit de l’auteur, attribuant à sa famille, ou à son texte, les caractéristiques sociales des deux filiations maudites de Zola. Vous comprendrez que c’est tout de suite moins charmant. Ce serait comme affirmer : « Voyez mon histoire, Zola a fait la même chose. » J’ai butté sur cette comparaison un peu trop grosse. Et puis, il faut bien le dire, si toutes les familles aux branches divergentes avaient l’épaisseur romanesque des Rougon-Macquart ça se saurait !

Un ennui. Un cruel ennui s’est emparé de moi au bout de quelques dizaines de pages. J’avais l’impression de me retrouver à côté d’un garçon passionné par son histoire, tentant désespérément de m’y donner goût en me forçant à contempler d’anciennes photos  : « Ici, regarde, c’est mon cousin ! » Pourtant, ce n’est pas faute de m’intéresser aux vies des uns et des autres, mais la manière dont Fabrice Humbert m’impose la sienne m’a plongée dans une totale indifférence. Personne ne pourra lui reprocher un manque de sentiments et de recherche, cela ne fait aucun doute qu’il a étudié chaque personnage à la manière d’un écolier préparant un exposé. La méthode, excusable, celle consistant à faire des entretiens, collecter des archives et j’en passe, me dérange dès lors que l’auteur en parle ouvertement. Comme s’il s’évertuait à démontrer la véracité de ce qu’il dit, par peur qu’on l’accuse de mentir ou de broder trop grossièrement : « Ce n’est pas moi qui le dis, c’est tonton machin ! »

L’une des principales difficultés repose dans la place que s’attribue l’auteur dans le récit. Ni totalement absent, ni omniprésent, il est là sans l’être. Sa présence est suffisamment signifiante pour déranger, telle une mouche bourdonnant dans nos oreilles. Que veut-il enfin ? Qu’il me laisse donc découvrir ses parents sans pointer son nez à l’improviste ! Il m’a semblé être trop accroché à ses découvertes, pas encore tout à fait apte à les offrir à des yeux ignorants. Le résultat est tantôt scolaire, tantôt tâtonnant ; en somme, pas encore mature.

N’ayant pu véritablement pénétrer le cœur de cette famille je n’ai pu la considérer comme un roman, l’un des objectifs de l’auteur pourtant ; en témoigne une narration parfois détachée pouvant se lire seule comme la page d’une saga familiale. Cet effet de va-et-vient n’a pas eu chez moi l’effet escompté. J’ai pris le large, impatiente de clore ce texte et d’abandonner cette tribu de laquelle aucune émotion n’a surgi.

Mais pourquoi un tel livre ? Eh bien, parce que les événements historiques de la seconde moitié du vingtième siècle ont eu un impact particulier sur cette famille aux membres largement politisés. Mai 68, Action directe, la gauche au pouvoir… Un vent de révolution souffle sur la branche à l’origine bourgeoise ; les enfants se mobilisent pour des causes que l’aïeule observe d’un mauvais œil. Ils ne tiennent pas en place, lèvent le poing pour lutter contre le capitalisme quoi qu’il leur en coûte. La Fraternité (puis-je parler de secte ?) créée par le grand-père n’est plus, les membres se sont délités. Le goût pour l’humanisme a laissé la place à un goût pour la révolte.

Les soi-disant Rougon et Macquart changent leurs positions, les riches galèrent, les pauvres gravissent les échelons. Nous nous éloignons de Zola tout de même…

En vérité, si ce livre ne m’a pas plu c’est surtout pour l’aspect politique. Mai 68 est pour moi un combat dont je n’ai jamais compris les tenants et les aboutissants. Il faut dire, mes professeurs ont toujours savamment sauté cette page de l’Histoire, allez savoir… Quant à Action directe, j’en avais vaguement entendu parler. Terroristes pour certains, selon Fabrice Humbert ils ne sont pas bien dangereux. Étant dans l’ignorance, je fuis la question…

Je retiens aussi le souci de l’auteur de citer le moindre personnage historique ayant croisé sa route ou celle de ses parents. Ces détails ont achevé de rendre ce texte affreusement hautain et, au final, détestable.

Eden Utopie est un je-ne-sais-trop-quoi, les intentions de l’auteur se télescopent : documentaire, roman, biographie, essai politique ou philosophique autour de la notion d’utopie ? Reste un enchaînement beaucoup trop chronologique de faits qui n’ont rien d’un roman, dès le départ ça partait mal. Seule point positif, une plume remarquable. Quel dommage de ne pas la mettre à profit d’une fiction véritable ! Paraît-il qu’il en a tout de même écrit… Je passe mon chemin.

Et vous, connaissez-vous cet auteur ? Avez-vous déjà été surpris de lire une biographie alors que vous espériez un roman ?

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