Voici un livre que j’ai reçu dans la Box Exploratology du mois d’avril. Le thème était la mer, en référence au 1er avril. C’est la troisième box que je reçois et je suis toujours aussi surprise du soin apporté à la sélection des livres ainsi qu’aux ornements du colis. Ce livre-là m’a tout de suite donné envie grâce à une couverture colorée et toute mignonne, et un titre plus qu’intrigant.

Résumé de l’éditeurOLYMPUS DIGITAL CAMERA

On m’appelle mademoiselle Capacités différentes mais je suis Karen, enfin, Moi. Je ne sais pas trop comment, je me suis retrouvée à la tête d’une conserverie de thons, au Mexique. Moi, qui adore plonger et observer les bulles argentées des poissons, les méduses volant comme des parachutes transparents. Sirène, je côtoie hippocampes et autres créatures marines sans parler, mentir ni réfléchir.…

Mon avis

Nous avons là un livre vraiment atypique, et en cela rare et riche d’enseignements. J’en suis ressortie gorgée d’optimisme et avec une envie folle de liberté et de grands espaces.

Ce livre est une sorte de journal, nous le découvrons plus tard dans la lecture, écrit par Karen, une jeune fille, puis femme, pas comme les autres. En effet, elle est considérée comme « autiste », avec toute la palette de spécificités, aussi variées qu’il y a de personnes atteintes, que ce terme regroupe ; et on l’appelle Mademoiselle « capacités différentes ». Karen se désigne elle-même par « Moi », pronom qu’elle a mis longtemps à apprivoiser. Elle a eu une première enfance difficile avec une mère maltraitante, puis a été éduquée par sa tante, héritière d’une conserverie de thons. Karen aime se sentir compressée dans une combinaison de plongée, et s’allonger au fond de la mer au milieu des poissons. Elle déteste le contact avec les autres, et ne peut pas regarder dans les yeux. Karen, malgré ses difficultés relationnelles, va rentrer en faculté de zootechnie, car elle aime les animaux marins, c’est ce qu’elle connaît le mieux.

Le décor planté est assez singulier, une enfant autiste et des thons. Mais on apprivoise l’un comme l’autre petit à petit, et l’on ne s’en étonne plus. L’environnement devient réel, familier, et les fantaisies de Karen nous amusent plus qu’elles nous surprennent. J’ai ressenti un attachement immédiat pour elle. Ce petit être insaisissable m’a émue, et j’ai voulu plonger en sa compagnie dans les fonds marins pour être au plus près de sa personnalité, de son univers.

Le récit est écrit d’une manière qui nous rend ainsi très proche d’elle, où l’on perçoit ce qui l’entoure avec son regard, sa sensibilité. On se rend vite compte que Karen n’a pas mis les pieds au bon endroit en voulant suivre un cursus universitaire ; elle se trompe sur les humains, ou plutôt, elle méconnaît leurs motivations. Elle a cependant des facultés supérieures, une mémoire et une capacité à se représenter dans l’espace inouïes. Mais c’est tout. Elle ne comprend ni les métaphores, ni l’humour, le second degré ou encore l’ironie. Elle dit les choses simplement, comme elle les pense, et pour elle il n’y a qu’une réalité, celle qu’elle voit. Karen est un personnage qui peut paraître fort éloigné de tout être humain « normal », mais elle représente une partie de chacun ; et notre intelligence cartésienne, logique, ne peut nous empêcher de nous mettre à sa place si tant est que l’on ait un semblant d’empathie. Karen peut aussi paraître insensible, mais il lui faut du temps, énormément de temps pour saisir les choses qui nous sautent aux yeux. Il lui faudra des années pour se rendre compte à quel point lui est insupportable l’idée que l’on tue des thons pour les manger. Pas à pas, elle va découvrir le monde large qui l’entoure, celui du commerce et du profit, et parviendra à faire évoluer les méthodes d’abattage, car elle est loin d’être stupide, elle a des idées, longues à mûrir certes. Idées qui sont aussi profitables à ceux qui ne veulent que s’enrichir. Elle se mettra à dos les associations de protection animale, pour finalement les comprendre ; car pourquoi tuer l’animal, elle qui est végétarienne ?

Karen s’est retOLYMPUS DIGITAL CAMERArouvée dans un univers qui n’est pas le sien. Mais elle ne connaît que celui-ci, donc elle essaye malgré tout de l’apprivoiser, ce n’est pas de sa faute, elle prend ce qu’on lui donne. Si elle était plus visionnaire, elle pourrait certainement mener un combat plus rude en accord avec ses convictions, enfin tout du moins avec sa manière de voir la vie. Il lui faut du temps pour se rendre compte qu’elle n’aime pas que l’on tue les thons, surtout pour les manger.

Karen représente la constance dans sa façon d’agir, mais elle a parfois des accès de violence lorsqu’elle se trouve confrontée à une injustice ou lorsque quelqu’un lui met des bâtons dans les roues. Elle ne se remet cependant jamais en question.

Finalement, on devient Karen, et à travers son regard on se rend compte de l’absurdité du conformisme humain, des incohérences qui parsèment notre monde ; que l’on ne s’intéresse qu’aux détails en oubliant trop souvent l’essentiel. Avec les yeux de Karen, on ouvre les barrières d’une intelligence fixe pour découvrir d’autres manières de penser. On ne dit plus « Je pense, donc je suis », mais « Je suis, donc je pense », car pour elle la pensée est venue bien après l’existence.

On se plaît à découvrir sa personnalité, sa simplicité de vivre, sa liberté, car Karen est avant tout une femme libre qui ne se laisse guider par aucun formalisme, aucune convention, mais simplement par ses désirs, ce qu’elle juge important et nécessaire à un moment donné. Et si l’envie lui prend de se suspendre à un harnais en combinaison de plongée pour voir le monde tel qu’il est, ma foi, qu’elle le fasse.

Il n’est pas aisé de parler de ce roman tant il est singulier. Ce livre est drôle et vivant tout en restant d’une simplicité déconcertante. L’auteure n’a pas voulu apporter de fioritures à son récit, elle nous décrit du brut, et a choisi un personnage qui n’est cependant pas évident à faire évoluer. L’auteure s’adapte à celui-ci, tout comme les autres personnages de l’histoire, car tout le monde s’adapte à Karen ; mais cette dernière ne s’en rend pas forcément compte. Pour elle les choses sont comme elles sont, et les intentions de l’homme pour les modifier sont absurdes.

Ce récit souffre de quelques « trous », des passages à vide volontaires je présume, car l’on suit le fil de Karen, qui est ce qu’il est. Des étapes importantes ne sont pas abordées, et l’on se retrouve à l’autre bout du monde sans savoir pourquoi, ni comment. Cet aspect peut être assez dérangeant à la lecture.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Ce livre nous parle aussi de l’absurdité et de la grande hypocrisie de l’industrie agroalimentaire actuelle. Et je dois vous avouer que ce thème tombe à pic dans mes lectures, car il fait partie de mes préoccupations majeures. Je me suis prise à rêver d’entreprises qui seraient dirigées par plein de Karen, car ce ne sont certainement pas ceux qui n’ont que le profit comme objectif qui se soucient du bien-être de leurs élevages. Bien qu’abordant un sujet sensible et pouvant vite sombrer dans le réquisitoire, ce roman reste plutôt souple dans ses dénonciations, et c’est sa force. Il emmène petit à petit le lecteur vers une prise de conscience, qui, même si elle ne modifie en rien sa manière de consommer, aura peut-être fait naître une petite étincelle quelque part en lui.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé Moi, la fille qui plongeait dans le cœur du monde et je vous le conseille vivement. C’est un livre que vous ne lirez pas deux fois et même si, ni l’autisme, ni la cause animale ne vous sensibilisent, je suis persuadée qu’il saura vous séduire par sa fraîcheur, son humour et sa poésie.

Vous ai-je donné envie de vous plonger dans ce roman ?

 

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